Quelles innovations pour quels progrès ? (version du 6/12/2023)


Namur - 13 avril 2024
Il y a du progrès pour tous les gouts : moral, social, pédagogique, médical, organisationnel... avec une idée sous-jacente de croissance organique, de maitrise dans l’acquisition de compétences ou des savoirs, de convalescence physique et morale, et même de « lendemains qui chantent ». Cas tout particulier : le progrès scientifique et sa traduction technique, politique et industrielle. Dans ce contexte, tout progrès peut s’avérer ambivalent, et l’image de la bombe atomique vient à l’esprit, comme l’exemple d’une invention prométhéenne, merveilleuse et dangereuse à la fois.
La révolution industrielle – du XVIIe siècle à nos jours – est de cet ordre : des avancées spectaculaires et des conséquences néfastes mais à peu près invisibles. L’amélioration sensible de la santé et de l’espérance de vie, du bienêtre et du confort matériel de la population se paie en contrepartie par de multiples sacrifices et problèmes latents. Une ambivalence construite sur l’usage intensif des énergies fossiles. En même temps, pour le modèle économique associé à l’essor du capitalisme, les ressources de la planète sont infinies et la puissance militaire et coloniale de l’Occident, implacable et irrésistible, lequel servira longtemps de modèle à suivre et d’épouvantail politique et spirituel pour le reste du monde.
Le progrès scientifique a magnifiquement rempli le programme d’une rationalité humaine qui serait maitresse de son destin. Mais le programme des Lumières, politique et philosophique, a connu maintes péripéties dramatiques. La démocratie est très fragile et la séduction des modèles archaïques (le chef magique et sorcier qui va tout résoudre) est elle aussi en progrès…
Aujourd’hui, c’est l’impasse. L’innovation technoscientifique obéit à d’autres impératifs (commerciaux, concurrentiels) que ceux du progrès tel qu’on en rêvait à l’époque des Lumières. Elle transforme l’humain en objet de consommation passif incapable de s’adapter à la rapidité des développements futurs. Elle n’a rien à apporter à ce travail de rationalisation des affects humains dont elle surexcite les pulsions les plus primitives : consommer, accaparer, dominer, détruire. Le progrès est à réinventer.
ce site ne vous piste pas, il n'utilise pas de cookies, ni Google Analytics